À l’Aise Breizh, d’une idée en l’air à l’usine textile

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Vous savez, la légende du gars qui commence un business dans son garage ? Eh bien, c’est arrivé à Erwann Créac’h, c’est aussi ça, #lemorlaixdespossibles. Il nous raconte son histoire, celle d’À l’aise Breizh, qui compte aujourd’hui une centaine de salariés…

1996 : Erwann Créac’h, originaire de Plourin-lès-Morlaix, travaille à Paris comme intermittent du spectacle en régie lumière. “Lors d’une soirée arrosée avec mon pote le dessinateur El Globos, on s’était dit que l’image des Bretons auprès des jeunes n’était pas très rigolote. Nous, jeunes Bretons — j’avais 26 ans — on était plutôt joyeux, de culture très ouverte sur le monde, on aimait la fête, les bistrots… Pourquoi on ne ferait pas des t-shirts sur ce thème ? On s’est couchés à 5 heures du matin. Et par chance, le lendemain, je m’en suis souvenu ! J’en ai reparlé à El Globos, qui était d’accord pour travailler le côté artistique, mais qui ne voulait pas s’investir dans l’aspect économique. Je m’en suis chargé.”

Démarrage dans le garage

Avoir une idée, c’est bien, encore faut-il commencer. Alors ? Étude de marché, plan de financement, comptes prévisionnels ? “Je n’ai pas fait de business-plan, sourit Erwann Créac’h, et si j’en avais eu un je ne me serais sans doute pas lancé ! Je n’avais pas d’argent, je n’étais pas issu d’une famille fortunée, j’ai emprunté un peu d’argent à ma copine pour acheter une modeste machine que j’ai installée dans le grenier de mes parents à Plourin.
Ma saison d’intermittent dans les théâtres parisiens me laissait disponible de mai à septembre : le matin je faisais les marchés, l’après-midi je prospectais les magasins, le soir j’imprimais ce que j’avais vendu.”

Erwann Créac’h a conservé sa première machine…

Se faire connaître dans la bonne humeur

Et ça marche ! La bonne humeur des jeux de mots et la bigoudène joyeuse d’El Globos séduisent. Au vu de ces premiers succès, Erwann aimerait aller plus loin… Mais comment, à cette époque où les réseaux sociaux n’existaient pas, faire prendre la mayonnaise ? “On a trouvé un moyen de faire des relations publiques : nous avons édité une série de t-shirts que nous avons encadrés pour faire une exposition itinérante dans les bistrots. On a appelé ça « La Tournée générale », et on faisait un « arrosage » en guise de vernissage. C’était très festif, on vendait bien, on se faisait connaître. Des journalistes en vacances en Bretagne nous ont repérés, on a eu des articles dans la presse nationale.”

De la première boutique éphémère à l’entreprise solide

Cette année-là, en 1998, Erwann Créac’h ouvre sa première boutique à Morlaix : “C’était une boutique éphémère. J’ai embauché mon frère pour la tenir tandis que je continuais à faire les marchés. On a cartonné ! Quand les semi-remorques ont commencé à livrer dans le lotissement de Plourin, mon père m’a dit qu’il serait peut-être judicieux de trouver une autre solution… J’ai alors sous-traité avec une entreprise d’impression textile.
Puis en 2008, j’ai monté l’atelier ici, avec l’appui de Morlaix Communauté, par une location avec option d’achat qui m’a permis de garder une capacité d’endettement pour investir dans des machines. Je n’étais pas un industriel, mais l’idée était de continuer dans cet esprit d’indépendance. J’aime faire moi-même, j’aime monter une équipe sur un projet commun.”

À l’Aise Breizh aujourd’hui

Une machine automatique permet de confectionner 700 000 torchons par an

Aujourd’hui, À l’Aise Breizh exploite 17 boutiques et diffuse chez des centaines de revendeurs une gamme très complète de vêtements, linge de maison et accessoires, dont une grande partie est fabriqué à Morlaix : “Nous avons notre atelier d’impression, bien sûr, mais aussi un atelier broderie, et nous avons acheté il y a 6 ans une entreprise de tissage de Cholet, un de nos fournisseurs, qui avait une quinzaine de salariés, tous âgés de plus de 55 ans. Je me suis engagé à la maintenir à Cholet jusqu’au départ en retraite du dernier salarié, j’ai embauché des jeunes dans le but de la rapatrier à Morlaix, nous avons pu anticiper le déménagement qui a été effectué en 2019.
Nous sommes aujourd’hui la seule entreprise bretonne à faire du tissage. Ce qui nous permet de travailler pour des grandes marques françaises, comme La Redoute ou Linvosges, et de faire la moitié de nos ventes hors Bretagne, en France et à l’export, sous la marque Tissages de l’Ouest”.

Le panier Grain de Sail, une une réalisation 100% maison qui met en œuvre différents métiers de l’entreprise : tissage, impression, confection.

Gageons que l’aventure industrielle commencée dans un garage ne s’arrêtera pas là : l’Erwann Créac’h des débuts, enthousiaste, joyeux et ouvert sur le monde, est toujours bien présent !