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Hubert Coudurier, Le Télégramme
Le Télégramme, l’esprit d’innovation dans les gènes
C’est l’un des grands organes de presse française — 9e quotidien français, 6e quotidien régional en terme de tirage — et son siège est à Morlaix. Comment est-ce-possible ? Nous avons rencontré Hubert Coudurier, directeur de l’information, pour nous le raconter.
Le Télégramme est né en 1944 de la transformation de La Dépêche de Brest, organe de presse brestois créé à la fin du XIX siècle. « La localisation à Morlaix est fortuite et historique, raconte Hubert Coudurier. En 1942, une bombe était tombée — sans exploser — sur les locaux de la Dépêche, à Brest. À l’époque, c’était un petit journal, il y avait une vingtaine de journalistes. Tout le monde a eu peur — à juste titre — et le journal a été transféré à Morlaix. En 1945 ou 46, la question s’est posée de le rapatrier à Brest, mais finalement ça ne s’est pas fait. Il serait plus logique qu’on y soit. Mais Brest a aussi l’inconvénient d’être au bout de la péninsule, alors que notre emplacement morlaisien offre l’avantage de nous rapprocher des Côtes d’Armor.”
Trente années très glorieuses
Est-ce cette situation morlaisienne qui a permis le formidable développement du Télégramme dans les années qui ont suivi ? Quoi qu’il en soit, son directeur d’alors, Jean-Pierre Coudurier, entouré d’administrateurs dynamiques et de journalistes de talent, a su innover sans cesse pour hisser son journal au plus haut niveau.
Le tirage a très vite augmenté : “Le Finistère est un département de gens lettrés, instruits, où la presse est plus forte qu’ailleurs« , remarque Hubert Coudurier. Pour assurer ce besoin de lecture et d’information, le Télégramme investit alors dans des rotatives, puis passe progressivement à l’offset et à la photocomposition, une révolution qui lui donnera dix ans d’avance et modifiera considérablement la fabrication, la mise en page, et jusqu’au métier de journaliste. Le Télégramme est en 1968 le premier quotidien européen à publier des pages en couleur !
De révolution en révolution
Cette révolution des techniques d’imprimerie en annonçait d’autres, et dès 1996, Le Télégramme était un des premiers journaux à lancer un site internet : “Aujourd’hui, nous avons doublé notre audience par le Web, indique Hubert Coudurier. Le modèle économique reste compliqué, car les recettes publicitaires ont été aspirées par les GAFA”.
Dans un monde où l’information est omniprésente, immédiate, partagée par tous, paradoxalement la presse est en danger. C’est pourquoi les enfants de Jean-Pierre Coudurier, Édouard, aujourd’hui président du groupe, et Hubert, directeur de la rédaction, aussi visionnaires que leur père, ont diversifié les activités : “Nous exerçons aujourd’hui dans trois secteurs. Les médias, avec le journal Le Télégramme, le Mensuel de Rennes, Tébéo et Viamédia. Les services, avec Hellowork (ancien Régions Job), qui compte plus de 400 salariés, qui a son siège à Rennes. L’événementiel, avec OC sport, basé à Lorient et à Paris, qui organise une trentaine d’événements, dont la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, le tour du Monde en solitaire en classe Ultim en 2023, ainsi que des événements importants dans le monde du cyclisme, de la course à pied et du triathlon. Nous avons également une participation active dans le groupe C2G, qui organise les Francofolies et le Printemps de Bourges.”
Et demain ?
Parmi toutes ces activités, le journal Le Télégramme reste-t-il fidèle à ses objectifs initiaux ? “En nous diversifiant, nous cherchons des moyens de continuer à assurer la fonction d’information qui est la nôtre. Nous croyons à l’avenir des territoires, et nous avons la volonté de constituer un groupe en matière de publication multimédia. Les chaînes de TV Tébéo et Tébésud permettent d’offrir un vrai pluralisme face à France 3. Et nous venons d’investir dans une nouvelle rotative, ce qui montre que nous croyons aussi à l’avenir de la presse papier.”