Recherche
Jo Le Mer, La Sermeta
Jo Le Mer, infatigable Géo Trouvetout
L’innovation. Un leïtmotiv pour cet autodidacte par excellence. Celui qui a démarré comme chaudronnier a gravi les échelons à force d’idées, de travail et de persévérance. Resté fidèle à ce territoire qui l’a vu naître, c’est ici qu’il a choisi de créer Sermeta, devenue leader mondial dans son domaine et fleuron de notre industrie locale.
L’envie d’entreprendre
Né à Saint-Thégonnec, c’est à l’arsenal de Brest que j’étudie, au sein de la Direction des Constructions et Armes Navales. Après mon service militaire, je choisis de me mettre à mon compte comme chauffagiste et serrurier à Saint-Thégonnec. Jusqu’en 1968, j’installe des chauffages sur le pays de Morlaix.
Vient alors l’envie de construire moi-même les chaudières que j’installe. Je monte une première usine à St-Thégonnec (aujourd’hui toujours sur le site d’origine, sous la propriété de Bosch). En 1980, je développe des brûleurs à vaporisation de fioul pour améliorer sa combustion. Je me casse la figure car les pétroliers viennent de changer sa composition et je ne l’avais pas anticipé. Mes machines tombent en panne les unes après les autres, je dépose le bilan en 1985.
En 1993, après quelques années chez Chaffoteaux & Maury à Saint Brieuc, le goût d’entreprendre revient me titiller. Je crée Sermeta à Morlaix avec l’ambition de développer de nouvelles générations d’échangeurs et de brûleurs à gaz, gardant un trop mauvais souvenir de mon expérience précédente avec le fioul. Je m’associe avec un Italien, Gianonni. On démarre la production d’échangeurs gaz en acier inoxydable. Un fonds américain le remplace à mes côtés en 2010. En 2014, il se retire, je cherche alors un nouveau plan de financement, plus pérenne et le Crédit mutuel Arkea, le Crédit agricole et la BPI me rejoignent.
L’innovation constante
Sermeta, c’est une progression qui s’est étalée dans le temps. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 800 salariés dans 55 500m² de bâtiments à proximité du centre-ville de Morlaix. Nous produisons 2,230 millions d’échangeurs par an que nous vendons à 75% sur le marché européen, et le reste sur les marchés américain, chinois, russe, turc, etc ….
Nous sommes leaders mondiaux dans notre domaine, la fabrication d’échangeurs inox à condensation, et l’un des trois principaux employeurs du territoire. Mais ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu ! Quand vous démarrez, vous n’imaginez pas ce que vous allez devenir dans 10, 20 ans. Je voulais surtout vivre de ma passion, concevoir.
On n’est jamais numéro un par hasard. C’est le fait d’innover constamment, tant dans nos produits que dans nos process qui nous a menés là. L’essence de Sermeta c’est de faire de l’innovation. Une centaine de personnes travaille dans nos laboratoires de recherche & développement.
Exigence et travail
Le goût d’être chef d’entreprise, ça n’a pas d’explication. Ça m’est arrivé très jeune, mais ça ne me vient pas de mes parents. Mon père officiait dans la marine, ma mère était couturière et mon grand-père cultivateur. Même si mon père bricolait beaucoup et qu’il m’a sans doute transmis cette passion. J’étais major de ma promo, mais j’aurais été dernier, je crois que ça n’aurait pas changé mon envie d’entreprendre ! Cette volonté de manager, de vivre une aventure industrielle, ce goût du risque, ça ne s’explique pas !
Les plus belles valeurs que doit porter un chef d’entreprise : savoir s’entourer de collaborateurs fiables, compétents et bosseurs car seul, on ne réussit rien ! Il faut être exigeant avec soi-même, mais le Breton est réputé pour être sérieux et travailleur. Quand je suis en vacances, très vite je m’ennuie. Depuis que je sais écrire, je m’endors toujours avec un bloc note et un crayon sur ma table de nuit. Beaucoup de mes bonnes idées d’innovations sont ainsi nées la nuit !
Produire utile
En 2009, j’ai reçu le premier prix des inventeurs européens de l’année. Je n’en revenais pas ! J’ai toujours voulu produire des biens utiles. Grâce à nos échangeurs, nous évitons la production de 26 millions de tonnes de CO² chaque année. On participe à la décarbonation de la planète de façon considérable. Il n’y a peut-être pas plus écolo que Sermeta sur terre !
J’espère que la transition énergétique de demain ne passera pas par l’uniformité d’un réseau électrique ou Sermeta n’aurait plus de raisons d’être. Nous travaillons actuellement sur une nouvelle génération de brûleurs à gaz capables de consumer l’hydrogène. Il n’y a pas de cercle plus vertueux que celui de l’hydrogène, sa combustion dégage zéro polluant.
Des liaisons capitales avec Paris
Quand on me demande « Pourquoi à Morlaix ? » je réponds « Pourquoi pas à Morlaix ! » (rires). A l’époque, je cherchais une maison pour ma famille et je voulais installer mon entreprise là où je vivrai. Ce fut Morlaix !
J’aime la sympathie et la convivialité des habitants ici. C’est cool, serein. Quand je vais à Paris, je déplore toujours le temps passé dans les transports pour faire si peu de kilomètres ! La distance de Paris reste cependant un souci c’est certain lorsque l’on choisit d’implanter une entreprise ici. Il est capital d’avoir des liaisons, avec la capitale en particulier, qui soient efficaces, quand comme moi, on a des clients en Europe et dans le monde. C’est heureusement le cas avec l’arrêt TGV à Morlaix, les lignes aériennes depuis Brest, c’est important qu’elles se maintiennent.
Mais le cadre de vie compense largement ceci. Je n’ai jamais eu un collaborateur qui m’ait dit « Je vous quitte car je ne veux pas rester à Morlaix ». C’est aussi très rare que ce point figure comme un frein lorsque nous recrutons. Morlaix, c’est l’une des villes les plus agréables à vivre que je connaisse. Ici on peut marcher naviguer, se baigner. Je suis passionnée d’aviation et de nautisme. Si je ne vois pas la mer pendant plus de 48h, quelque chose ne tourne pas rond. D’accord, il pleut un peu, mais ailleurs aussi hein, il ne faut pas croire ! (rires)
Et pour conclure, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir ?
Une phrase que me disait mon père : « De ce que tu feras, tu trouveras »