“Dans le monde de la déco, la prise de conscience reste à venir »

Vous aussi, lors d’une promenade en forêt, vous avez envie de ramener à la maison une tranche d’arbre abandonnée, un rondin, pour faire une table basse, un tabouret ou simplement pour avoir un morceau d’arbre chez vous ? C’est tellement beau, ça respire tellement la nature, ça sent tellement bon ! Aurélie Bourven, elle, l’a fait, elle en a même fait son métier.

Dans son atelier de Plouigneau, elle travaille les chutes de troncs  ou de branches qu’elle a récupérées dans des scieries ou chez des particuliers : “Je donne une seconde vie aux chutes, à ce qui aurait été broyé, ou aux arbres tombés après une tempête… Je retaille, j’écorce, je ponce, je vernis, je peins, mais je ne colle pas. Ce sont des pièces brutes, uniques, organiques. C’est atypique : d’habitude, on travaille le bois en planches, en s’efforçant de le redresser, afin d’en obtenir une forme calibrée.”

On sent l’expérience de l’ébéniste, non ? “Pas du tout, j’ai fait une école de commerce, et j’ai un premier parcours professionnel dans la gestion de projets événementiels. Lorsque je suis revenue en Bretagne, j’ai rénové ma maison, et j’ai cherché des idées de déco. J’avais envie d’y mettre de la chaleur, je voyais naître la tendance des rondins de bois, mais on n’en trouvait pas. J’ai donc fabriqué moi-même.”

Naissance d’une passion pour le bois

Mais comment Aurélie est-elle passée de ce premier bricolage à un vrai savoir-faire ? “Ça a été la naissance d’une passion. Je me suis petit à petit révélée créatrice. Je suis autodidacte : j’ai travaillé le bois avec un œil neuf, de nouvelles approches, je suis très à l’écoute du matériau, je cherche de l’âme dans le produit. Travaillé ainsi, le bois a un côté chaleureux, cocooning, bienveillant. On se sent comme connecté, c’est curieux, non ?”

Naissance d’une marque responsable

Voilà donc Aurélie artisan dans l’âme, la prochaine étape était d’en faire un métier :  “J’avais déjà dans l’idée de créer une marque de design. Derrière le côté poétique, j’ai les pieds sur terre et j’ai une approche business. Des meubles en tronc d’arbre, ça n’existait pas, sauf en style exotique. Alors, bien sûr, j’aurais pu faire venir des conteneurs d’Indonésie, prendre une belle marge au passage, ce genre de chose marche encore très bien :  les gens ont une prise de conscience en alimentation, un peu en habillement, mais côté déco c’est encore le pillage ! Je voulais créer une marque responsable, utiliser du bois local, remettre de la belle matière dans les intérieurs, de la valeur artisanale, un travail fin avec de l’attention et de l’intention. On n’est pas dans le jetable : mes guéridons, ils ont 70 ans, et même le petit soliflore qu’on achète comme ça, sur une impulsion, il a 30 ans !”

Aurélie crée donc sa marque Seawood Design dès 2016, peaufine son projet, fait quelques tests commerciaux grandeur nature… En 2018, elle se lance pour de bon, ouvre une boutique en ligne, et c’est le succès ! “80 % de mes ventes se font en ligne, en France et à l’étranger, auprès de particuliers et de professionnels, architectes, décorateurs, hôtels, magasins de déco…”

Une vraie démarche durable

L’idée d’Aurélie était de créer une marque responsable… Ce n’est pas un peu périlleux, ça, lorsqu’on utilise des arbres ? Qu’en-est-il après quelques années d’exercice ? “Couper un arbre, c’est toujours un peu triste… Mais c’est un cycle, on coupe, on replante, c’est une action sur le long terme. Depuis le début, pour chaque table créée, je fais planter un arbre. Je passe par Reforest’Action, une plateforme qui récolte des financements pour restaurer des forêts dans le monde. Mon projet est maintenant de trouver une parcelle ici pour planter moi-même.”

Une envie d’aller plus loin

Et à propos de projets, l’entreprise d’Aurélie va de l’avant aussi sur un plan économique : “Jusqu’à présent j’étais toute seule, ça limitait le développement de l’entreprise. J’ai envie de développer. Je commence par prendre un apprenti à la rentrée, j’espère pouvoir me consacrer davantage à la commercialisation. On a aussi la chance, ici, de pouvoir trouver de grands espaces à des prix abordables : j’ai pu acheter un ancien bâtiment près de ma maison pour agrandir l’atelier, aménager un show-room, et pourquoi pas, monter un village d’artisans.”

 

Seawood Design propose une gamme d’objets et mobiliers en bois (tables basses, tables d’appoint, étagères murales et suspendues, plateaux, etc.) : www.etsy.com/fr/shop/SeaWoodDesignFrance