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Catherine Boyen, la chercheuse d'algues
Elle aimait la mer, et est tombée amoureuse des algues. Et de Roscoff. Pas carriériste pour un sou, de chercheuse, elle finira pourtant par prendre la barre de ce laboratoire les pieds dans l’eau qu’est la station biologique. Celle qui agrandi dans des métropoles est devenue une morlaisienne convaincue par sa qualité de vie.
Les algues, une révélation
J’ai passé toute ma jeunesse dans des grandes villes. Née à Lyon, je déménage ensuite à Nantes, Amiens, Bordeaux au gré des emplois de mon père, directeur commercial. J’étais une citadine frustrée, en mal de nature !
J’ai toujours aimé la biologie, mais sans savoir vraiment ce que je voulais en faire.
Roscoff étant un spot réputé pour l’étude des algues, je viens la première fois pour un stage de découverte à la station biologique. C’est une révélation ! J’adorais déjà la mer, la botanique. Je découvre les algues avec ravissement. Et le cadre est extraordinaire ! Quand je m’aperçois ensuite qu’il existe un DEA (diplôme d'études approfondies) sur les algues à Paris 6, puis que ma candidature y est acceptée, c’est incroyable ! Paris, j’y suis pour la théorie, mais j’effectue aussi deux mois de stage pratique à la station biologique.
C’est le début de mon histoire avec Roscoff et la station. Grâce à une bourse obtenue par le biais de l’Ifremer, j’intègre la petite équipe de Bernard Cloarec pour faire ma thèse. Il fut directeur de la station avant moi et c’est grâce à lui qu’existe aujourd’hui le groupe de recherche sur les algues.
Savoir saisir les opportunités
En 1991, alors que je deviens maman pour la première fois, je décroche aussi le concours de chargée de recherche au CNRS (après l’avoir passé quatre fois quand même !) (rires). La recherche sur les algues n’est pas encore très porteuse, aussi notre groupe reste restreint. J’enchaîne d’abord les petits contrats.
Après Roscoff, puis Lannion, c’est à Morlaix que je m’installe avec mes deux enfants. Je préférais mettre un peu de distance avec mon environnement professionnel. Je voulais aussi vivre dans une ville disposant d’un collège et d’un lycée.
Peu à peu, le groupe algues au CNRS grossit et j’en viens à animer ma propre équipe. J’ai toujours aimé encadrer des groupes de recherche. Bernard Cloarec devenu directeur de la station, je prends la direction de l’unité de recherche en 2004. C’est un peu l’histoire de ma vie ça ! Je le dis sans fausse modestie, je n’ai jamais eu d’ambition particulière, mais à certains moments on est venu me chercher et j’ai saisi les opportunités ! Tous les chercheurs ne sont pas managers dans l’âme, mais moi ça m’allait très bien ce changement de métier !
Au bout du monde sans l’être vraiment
Je poursuis quand même la recherche jusqu’en 2018 . Et quand Bernard Cloarec part en retraite, je propose ma candidature à la direction de la station. Elle nécessitait une adhésion en interne, je disposais de ce soutien. Mon ambition est alors de consolider la croissance rapide de la station, de renforcer la cohésion, remettre du sens. C’est un projet très axé sur l’humain, c’est ce qui me guide et c’est ce que je sais faire. Même si ça s’avère plus complexe que dans mes prévisions, surtout en cette année de crise.
Depuis que je suis directrice, la GRH (gestion des ressources humaines), la gestion d’infrastructure, de budget me prennent tout mon temps. Mais je suis ravie de terminer ma carrière ainsi. J’ai la chance d’avoir tout aimé au gré de mon parcours !
Travailler « au bout du monde » n’a jamais été un souci. Tout en évoluant dans le cadre fabuleux de Roscoff, la station reste au cœur des dynamiques européennes. J’ai ainsi toujours voyagé avec mon métier. Si la question du déplacement peut être plus compliquée, elle n’est aucunement un frein. Des avions décollent de l’aéroport de Brest, Paris est directement accessible en TGV depuis Morlaix. On apprend à travailler dans le train ! Et la station biologique c’est un endroit dont on ne se lasse jamais, où jamais ne s’installe jamais la routine.
Une offre culturelle incroyable
S’ils sont partis vivre leur vie, mes enfants ont adoré grandir ici et j’ai aimé les élever à l’écart d’une grande ville. Si j’étais restée à Paris, avec mon salaire de chercheuse, je n’aurais pas du tout la même qualité de vie ! Oui, il faut une voiture et oui le soleil n’est pas toujours au rendez-vous, mais on est en passe de devenir la région la plus vivable en été ! (rires). Et en réalité, on peut avoir de très belles journées toute l’année ! Quant aux déplacements, habitant sur les hauteurs de Morlaix, j’ai investi dans un vélo électrique et c’est parfait ! Il ne manquerait qu’une ligne de train régulière entre Roscoff et Morlaix pour réduire encore mon empreinte carbone !
J’ai des amis parisiens qui pensent parfois que je vis dans un désert culturel. Ils ont tout faux ! J’ai au contraire le sentiment d’être au cœur d’un endroit très vivant. Entre les cinémas, le théâtre de Morlaix, la scène nationale du Quartz à Brest, les propositions culturelles sont incroyables et je trouve toujours de quoi faire le week-end ! Sans compter les propositions plus alternatives qu’on a aussi la chance d’avoir ici. Je suis bluffée par la démarche du SEW à la Manufacture ! C’est incroyable d’avoir réussi ça dans une ville de la taille de Morlaix. Je l’ai visité en travaux et c’est assurément un lieu de culture que je fréquenterai !
Et pour conclure Catherine, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir ?
« Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie ».