Marine Canté, agence CALC : architecte engagée

La tête bien vissée sur les épaules, de l’énergie à foison, Marine est de ces chanceuses qui savent où elles vont. Pour elle, c’était l’architecture et rien d’autre. Et ce n’est nulle part ailleurs que sur ce pays de Morlaix qui l’anime passionnément qu’elle se voyait entreprendre !

Le retour aux sources

C’est mon père, maître d’œuvre, qui m’a donné le goût de l’architecture. C’est un autodidacte, un passionné. Petite, je le suivais sur ses chantiers. J’ai très vite su que je voulais faire comme lui, mais en y ajoutant de la créativité. Mes profs au lycée m’auraient davantage envoyée en école d’ingénieur. Alors je me suis débrouillée, avec le soutien de mes parents. L’Ecole nationale d’architectures de Versailles fut la première à accepter ma candidature. C’était parti pour six ans dans cette école très portée sur la créativité. Entrecoupée d’une année en Erasmus à Porto, au Portugal, qui dispensait un enseignement plus technique.

 

Mon diplôme d’architecte HMNOP en poche, je savais ce que je ne voulais pas : intégrer une boîte parisienne avec de gros marchés, des hiérarchies marquées, une forte division des tâches. Je voulais au contraire toucher à tout et surtout au chantier. Alors, je rentre à Morlaix en courant ! (rires) Je savais qu’ici, je pourrais travailler sereinement. C’est la base dont j’avais besoin.

 

Je décroche un premier CDD au sein de l’agence Bernard Léopold, devenue CALC aujourd’hui. Je voulais mieux comprendre l’architecture vernaculaire. Tout ce petit patrimoine breton qui tisse le Finistère. J’adore ça : les bourgs avec leurs cafés, leur épicerie, leur église, leur enclos. C’est aussi le rôle de l’architecte de préserver ce petit patrimoine et de conserver toutes ses qualités intrinsèques pour pérenniser cette qualité de vie que l’on a ici.

En plus d’être une agence locale et bien située au cœur de Morlaix, Bernard Léopold avait cette appétence patrimoniale.

Par contre, au sortir de ce CDD, il n’y a pas de poste pour moi.

Mais il y a mon père qui me presse : « qu’est-ce que tu fous ? Vas y installe-toi !» (rires)

Le sens du collectif

Un jour, je réalise une maison pour des particuliers qui souhaite travailler avec moi. C’est une première en indépendante. J’ai 26 ans. Le résultat est hyper satisfaisant !

C’est le début d’Atelier d’Architecture Marine Canté. (AAMC)

En 2016, Bernard Léopold me propose de reprendre l’agence. Mon rêve ! Bernard Léopold devient CALC au 1er janvier 2017 : Collectif d’Architectes Léopold Canté. Du haut de mes 28 ans, je suis la plus jeune des six salariés, mais ça ne pose aucun souci vis-à-vis de l’équipe qui me connaît déjà. Le fait d’être une femme n’a jamais été une difficulté non plus. D’ailleurs mon agence est quasiment une agence de femmes aujourd’hui ! Ce n’était pas une volonté… mais je ne suis pas contre non plus ! (Rires).

Ma première démarche a été de responsabiliser chacun sur son poste, de donner confiance, indépendance. En contrepartie, je dois beaucoup à cette équipe qui m’a positionnée comme gérante. Le collectif est essentiel pour moi.

Parmi nos chantiers, la réalisation de l’école Jules Ferry à Saint-Martin-Des-Champs est une vraie fierté. Parce qu’elle a fait l’objet d’une démarche participative dans la conception du projet. On a questionné les élèves, les instituteurs, le personnel, les parents d’élèves, les élus…Installé une cabane de chantier, une cantine pour les ouvriers,  organisé des visites publiques de chantier…. Il n’y a jamais eu d’obstacles, que des solutions !

On a aussi été très loin sur la recherche de l’optimisation des espaces, le choix de matériaux écologiques et sur l’économie d’énergie quotidienne.

Nous entamons cette année des études sur la construction de la maison des associations à Plougasnou. Ce projet est pour notre agence l’occasion de mettre en place un mode opératoire architecturale basé sur l’économie des ressources. Le sol de cette commune est composé pour parti d’une terre argileuse à l’état visqueux. C’est une ressource disponible et gratuite qui git là sous nos pieds.

L’idée est de réaliser des cloisons acoustiques en terre et pour partie réalisées en démarche participative…Nous sommes au début des études, le projet reste à écrire….

Il y a 10 ans, les gens auraient dit « quoi, de la terre dans un bâtiment public ? » Je suis convaincue que retrouver des savoir-faire anciens, dans la rénovation, la construction et permettre aux citoyens d’être autonome en proposant des formations gratuites pour pourvoir réaliser soi-même certains travaux. A mon sens cela doit être au centre des objectifs des marchés publics et des architectes. C’est ainsi que j’ai envie de développer mon activité professionnelle !

Toujours là dans 30 ans !

J’aime ce métier pour tout ce qu’il est : créatif, technique, à responsabilités et très centré sur l’humain ! J’en apprends encore tous les jours, j’apprendrai jusqu’à la fin ! (rires)

Je ne pensais pas que ça aurait été aussi vite, mais je crois que j’ai créé mon activité idéale ! Je n’aurais jamais réussi sur un autre territoire. Ici, il y a la force d’un réseau, un respect & une confiance mutuelle.

Ma vie ici, c’est aussi mon rêve exaucé d’avoir acheté une ferme près de Morlaix que je rénove avec mon compagnon. Maçonnerie, taille d’ardoise, enduits terre, enduits chaux, terrassement... J’apprends la valeur du travail ! Que je sais mieux décrire dans mes appels d’offres. « Punaise, j’en ai bavé là, donc il faut que je le chiffre à sa juste valeur ! » (rires).

Et puis, j’ai mon réseau de copains. La plupart sont aussi revenus après leurs études, c’est impressionnant ce phénomène ici ! Ensemble, on a créé l’association « De rien, c’est normal » avec l’envie de créer des moments joyeux, sociaux et intergénérationnels dans des centres-bourgs et quartiers avec les associations qui y œuvrent déjà. Le tout avec un rapport décalé aux choses !

Pourquoi on revient tous ici ? Pour la qualité de vie énorme. Les possibilités d’achat faciles. Ici, il y a pleins de possibilités de vies alternatives qui ressemblent de plus en plus à ce qu’on cherche. Il y a tout en fait ! Je crois que je vais y passer ma vie maintenant. J’aime le long terme, je projette toujours sur 30 ans, sorte de déformation professionnelle ! (rires). 

Et pour conclure Marine, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir ?

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »