Enfiler des perles ? Très peu pour elle. De directrice de structure dans la fonction publique, la quarantaine en vue, Sandrine Queignec a décidé de prendre un grand virage. De vivre et travailler pour sa passion. Aujourd’hui, elle crée et vend de délicats bijoux dans une coquette boutique morlaisienne, Sissi100fils.

De fil en aiguille

Je suis une enfant d’ici. Au sortir du lycée, j’avais très envie d’aller voir ailleurs : Quimper, Aix, Rennes et Orléans ont jalonné mes études en histoires de l’art et gestion du patrimoine culturel.

Alors que je cherchais plutôt une opportunité à Paris, mon stage de DESS me fait revenir à Morlaix, au sein du service culture de Morlaix Communauté. Je suis chanceuse, il s’enchaîne par un premier CDD. Comme mon chéri de l’époque vit ici, ce n’est pas si dramatique de rentrer au bercail ! (rires)

Les choses se poursuivent alors ici puisque je rejoins le Pays de Morlaix. Je m’y passionne pour la mission qui m’est confiée autour du conseil de développement. J’étais très connectée, je rencontrais des chefs d’entreprises, des élus, c’était très concret, très réel, exactement ce qu’il me fallait.

Lorsque la directrice du pays quitte son poste quatre ans plus tard, elle me propose sa suite. Je n’ai alors que 28 ans mais je le vois comme un nouveau challenge bienvenu !

Tout ça se fait dans la continuité, j’apprends le management, les ressources humaines, ça me motive énormément ! J’apporte ma patte, je tâche de structurer davantage la gestion des ressources humaines, je crée des fiches de postes, j’instaure des entretiens annuels.

L’équipe grandit, de 8 à mon arrivée, nous passons à 14.

Contrepartie de cette équipe qui grossit, l’administratif prend de plus en plus de place dans mon quotidien et je commence à réaliser que je ne pourrai pas travailler ainsi jusqu’à la retraite. Fin 2016, il commence à devenir impératif pour mon moral de retrouver quelque chose qui me stimule.

Oser se lancer

J’ai toujours été créative, j’ai toujours fait des choses de mes mains. Depuis longtemps, je suis fan de bijoux de créateurs. J’adore les perles japonaises Miyuki. J’achète alors mes premiers métiers à tisser, mes perles, mes fermoirs. Ça fait en réalité des années que je rêve de monter ma boîte. Et le fait d’avoir accompagné nombre de projets de créations au Pays de Morlaix me facilite les choses. Ça me semble même si facile à certains moments que je me dis « Punaise, on en a des compétences les fonctionnaires en fait !! » (rires). Je trouve mon nom, je dessine mon logo. Une commerçante morlaisienne a un coup de cœur et m’achète ma première collection. Mais je ne suis pas une tête brûlée non plus et pendant un an, je continue à travailler au Pays en parallèle.

La passion me gagne. Je ne pense plus qu’aux bijoux. Je tombe sur le podcast d’une fonctionnaire qui raconte sa dispo d’un an prise pour créer sa boîte. Une bonne manière de tester sans mettre en péril tout le reste, je décide d’essayer. Ma proposition est acceptée par mes élus, j’ai de l’argent de côté et si dans un an ça ne prend pas, j’ai cette chance de pouvoir retrouver mon poste.

Une première boutique-atelier

Si j’ai commencé à apprendre sur youtube, je me suis ensuite formée à l’école de bijouterie de Ploermel. Puis j’ai poursuivi cet apprentissage chez une bijoutière à Dinan. Ce que j’aime créer ? Des bijoux fins et raffinés pour des femmes tendance et élégantes. En fait, je fais ce que j’aime porter.

J’intègre rapidement le réseau Femmes de Bretagne (devenu Femmes de territoire) et cela me fait un bien fou d’échanger avec des entrepreneuses ! On a les mêmes problématiques, ça me booste énormément ! J’accorde aussi beaucoup d’importance à ma communication, un domaine pour lequel j’avais déjà de l’appétence. Quand je publie sur les réseaux sociaux, je vois bien tout de suite la puissance de ceux-ci, je peux vendre dans la foulée. La majorité de ma clientèle est locale, mais je vends aussi en France, un peu à l’étranger.

Lors des fêtes de fin d’année 2019, nous décidons d’ouvrir une boutique éphémère avec plusieurs créateurs locaux. J’ai ce sentiment d’être vraiment à ma place et d’œuvrer davantage ainsi pour le développement économique de mon territoire que lorsque j’enchaînais réunions sur réunions. J’ai vraiment trouvé ce sens très concret dont j’avais besoin dans ma vie ! Je réalise alors qu’il me faut un point de vente pérenne. En centre-ville de Morlaix, là où je vis. Je découvre ma future 1ère boutique-atelier la veille du premier confinement en mars 2020. A laquelle lui succède ma boutique actuelle, avec davantage d’espace, en 2021.

Un épanouissement à 360°

Je suis un peu revenue ici par dépit au début, mais aujourd’hui je suis épanouie, c’est un truc de fou ! Et je n’aurais pas voulu que ça se fasse ailleurs. Tous mes amis sont là, on y a fait notre trou. Côté loisirs, je pratique l’escalade avec mon conjoint. On a la chance de disposer d’un bel équipement en salle à Morlaix pour les mois d’hiver, l’été ça se passe sur les rochers de Primel, un super spot.

Mon parcours fait que je peux comparer avec ce que j’ai pu voir ailleurs. Ici, il y a une vraie vie, associative et autre. Il y a pleins d’idées, de projets. Je pense à Wart et au festival électro Panoramas par exemple. C’est un sacré défi qu’ils se sont lancés en initiant quelque chose d’hyper parisien à la base. Avoir fait le pari de le créer à Morlaix, c’est très fort !

J’ai pu le constater pendant toutes mes années d’accompagnements de projets au Pays de Morlaix : on n’est vraiment pas du tout aux fraises par rapport à d’autres ! (rires) Et en plus, on vit tout ça dans un cadre hyper privilégié.

Au début, j’ai eu peur de me lasser de ce nouveau métier et en réalité je continue à avoir envie d’imaginer de nouveaux modèles. L’entreprenariat, son côté créatif me motive à fond, et je n’ai jamais été aussi contente de me lever le matin ! Dans 5 ans peut-être que je ferai complètement autre chose, mais aujourd’hui c’est ce qui me porte !

Et pour conclure, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir ?

« On avance en marchant ».