François Le Dissès : il court, il court

Qui dit Saint-Pol-Morlaix, dit François Le Dissès, Finchic…

Grande gueule, obstiné, investi, increvable : rencontre avec celui qui depuis plus de 20 ans porte fièrement le dossard du Saint-Pol-Morlaix, semi-marathon hissé au rang de patrimoine local !

Pas épais, mais rapide !

Je suis né en 1948 à Saint-Pol-de-Léon où j’ai grandi. C’est gamin que j’ai gagné mes premiers podiums. Je n’étais pas épais, mais j’allais plus vite que les autres.

A 18 ans, mon premier poste est celui d’enseignant à l’école inter-armées des sports au Fort Carré d’Antibes. J’intègre l’élite sportive française, le bataillon de Janville. Deux ans plus tard, devenu coureur à pied professionnel, je suis champion de France miliaire sur 1 500 m. A cette époque, je courais, je courais. Jusqu’à ce que mon cœur dise stop. Je rentre alors dans le rang, deviens entraîneur de niveau national pour l’armée, déménage souvent. Le tennis me tombe alors dessus et je me lance furieusement dans la compétition alors que je n’avais jamais touché une raquette de ma vie ! Je ne fumais pas, ne buvais pas, ça aidait. Par contre, je causais, ça c’est sûr ! (rires)

Au garde-à-vous

Après avoir passé le concours d’officier, j’intègre les commandos direction l’Allemagne pour former les militaires étrangers. Retour à Lyon quelques années plus tard pour m’occuper des affaires pénales militaires. J’avais une côte terrible ! Ils étaient presque tous prêts à faire leur service avec moi ! (rires) Je deviens l’homme de confiance de celui qui gérait toutes les armées d’une moitié de la France. Je vis avec ma famille dans un hôtel particulier, archi sécurisé. Lien entre le cabinet, l’Etat-major et mon patron, je mène un rythme d’enfer, pouvant être à Lyon le matin, à Marseille l’après-midi et à Paris le soir en quelques coups d’hélicoptère. 7 années exceptionnelles, au cœur de la plus haute confidentialité ! Mais épuisantes aussi. Après avoir volé si haut, je ne voyais plus ce que je pourrais faire d’autre dans l’armée. Je retourne alors étudier pour devenir ingénieur préventionniste au sein du groupe Casino.

Se mettre au vert

C’est pendant cette époque lyonnaise que j’ai rencontré Marie-Pierre, toujours à mes côtés aujourd’hui. J’avais une fille d’un premier mariage. Nous en avons eu une seconde ensemble. Pour elles, on quitte Lyon et partons nous mettre au vert dans une petite maison que j’avais à Santec. Marie-Pierre trouve un boulot à Brest. Mais l’objectif n’est pas de rester 107 ans...

C’est là, en 1999, que j’atterris à une assemblée générale du St Pol-Morlaix. L’association ne vit pas ses meilleures heures, je propose de reprendre les rênes avec la présidente de l’époque. J’apporte de la notoriété grâce à ma connaissance de cette famille de la course à pied. On gagne d’année en année plus de 2 000 coureurs. Des internationaux aussi ! En 2002, on remporte un championnat de France : les phares se braquent sur nous ! Mais ce qui reste peut-être mon plus beau coup : l’arrivée du St Pol-Morlaix sous le viaduc en 2004 ! Ça a donné un élan extraordinaire à la course ! Quand tu arrives face au viaduc, avec des milliers de personnes autour de toi et des camions dignes d’un Tour de France, ça a de la gueule ! L’année suivante, je recevais le « Bipède d’or » du meilleur organisateur français !

Une culture du bénévolat

Nous sommes le plus grand événement du genre géré par des bénévoles en France, il y a une culture extraordinaire du bénévolat ici ! Le jour de la course, tout le monde est dehors, avec le parapluie s’il faut. Ça fait partie de notre patrimoine local. C’est la plus ancienne course sur route de France qui a aussi su rester debout malgré tout ce qu’elle a traversé : pénuries d’essence, grève, manifestations d’agriculteurs, et aujourd’hui la covid. On a une chance folle d’avoir un tel événement sur un petit territoire comme le nôtre. Avec des coureurs provenant de 75 départements, 15 pays différents, il constitue un levier extraordinaire pour le tourisme et l’économie. Certains restaurateurs attendent le St Pol Morlaix avant de fermer pour la saison hivernale.

J’ai vu passer près de 200 000 coureurs et ça m’a valu des rencontres formidables. Les coureurs africains, je suis un peu leur papa. On m’appelle du Burundi pour me souhaiter joyeux Noël !

Bercé par les flots

Aujourd’hui, je vis à Roscoff. La mer vient cogner contre les murs de mon appartement. Avec ma femme, nous sommes des vagabonds. Tous les we ou presque je parcours encore la France avec elle pour aller promouvoir le St Pol Morlaix ! Mais c’est ici, à Roscoff, qu’on est bien et on sait qu’on va y rester. On s’est fait un cercle d’amis. L’été je me cache, sinon je suis en java permanente ! (rires)

Et puis c’est là que nos filles reviennent nous voir. Quand tout le monde est là, on met les sacs de couchage par terre, on mange, on boit, on se lève ensemble. C’est l’esprit chaleureux des retrouvailles en famille comme je les aime. Le bonheur quoi !

Et pour conclure François, s’il n’y avait qu’une phrase à retenir ?

« Mieux vaut se perdre dans sa passion que de la perdre »