Recherche
Franck Zal, Hemarina
Franck Zal, il cherche et trouve
Parisien d’origine, cela fait plus de 30 ans qu’il a fait de la Bretagne sa région de cœur. Jusqu’à se voir auréolé du titre de Breton de l’année en 2018 ! Ce chercheur et biologiste marin émérite se passionne depuis longtemps pour les vers marins, les « buzuks » comme on dit ici. En créant Hemarina à Morlaix, il a donné ses lettres de noblesse à la biotechnologie marine sur nos terres.
Celui qui a nourri mes rêves, c’est le commandant Cousteau ! Enfant, je me passionnais devant ses odyssées à la télé. J’ai eu la chance de le rencontrer. Ma famille ne baignait pas dans ce milieu, c’est lui qui m’a donné ce goût pour la biologie marine, l'océanographie et qui a écrit ma feuille de route.
La Bretagne, je l'ai connue en colonies de vacances que je passais dans le Finistère sud. Bien plus tard, je débarque à Roscoff pour mes études. Un choix évident : la Station Biologie de Roscoff est le lieu historique de la biologie marine, J’y enchaîne mes stages jusqu’à ma thèse. Après un doctorat effectué aux USA et en Belgique, je suis recruté en 1999 par le CNRS et dirige une équipe de recherche. Mon rêve se réalise...
Sous le sable, le ver
Je m’intéresse alors aux milieux extrêmes. J’embarque sur des bateaux pour observer les vers géants des abysses comme Cousteau, mais chaque mission ne dure que deux mois. Il faut passer les dix autres mois de l’année à chercher sur terre, ou plutôt sous le sable ! Sous les fenêtres de la station biologique, les vers arénicoles colonisent l’estran. Mon élément de comparaison est là et en abondance ! Il répond à la problématique de mes recherches : « comment un ver marin est-il capable de coloniser un milieu extrême ? ». Je veux aussi comprendre comment ce ver respire entre deux marées. Je découvre que le sang de l’arénicole dispose d’un potentiel incroyable de stockage d’oxygène. De là, je crée ma première application, HEMO2life®, pour améliorer la conservation des greffons.
J’avais une voie toute tracée au CNRS. Quand je quitte la Station pour créer Hemarina en 2007, on me taxe de fou. "Le risque que tu prends...", "mais tu es fonctionnaire...". En réalité, j’ai saisi ma chance et aujourd’hui je suis tellement heureux de ce que je fais !
Morlaix sur la carte des biotechnologies
Grâce au président de Morlaix Communauté de l’époque, je me suis installé dans la pépinière d’entreprises à Morlaix. J’ai trouvé sur le territoire beaucoup de confiance. Il y a une mentalité de pionnier. Sûrement liée à notre "péninsularité". On a été l'une des première sociétés de biotechnologie marine en Bretagne. J’ai aussi favorisé un mouvement à la suite d’Hemarina avec des créations comme Manors therapeutics, Polymaris... Aujourd’hui la baie de Morlaix n’a pas à rougir sur la biomap des biotechnologies marines !
Il y a un véritable esprit d’entraide et de bienveillance qui facilite l’entreprenariat ici. Le premier réseau de Business Angels s’est créé dans le Finistère. Ça vient sûrement de l’histoire de notre pays agricole et maritime à la fois, qui implique de travailler en équipe, de soutenir ceux qui aident leur territoire. Ça fait partie de nos gênes. J’en parle comme si j’étais né à Morlaix ! (rires).
Têtu comme un Breton
La première réussite d’Hemarina, c’est le premier patient ! Quand après avoir été transplanté pour la seconde fois d'un visage grâce à HEMO2life®, Jérôme Hamon vient remercier l’équipe alors vous réalisez que vous avez participé à lui sauver la vie et vous pleurez. Le pari scientifique est gagné ! Vos travaux sont entrés dans l’histoire de l’innovation médicale. Certains m'ont dit comme le Pr Carpentier « C’est ce qu’on a découvert de mieux en transplantation depuis ces 20 dernières années »
On voudrait que ça aille plus vite. Mais ces innovations de rupture passent par des phases. D’abord on ne vous croit pas, après on vous dit que c’est dangereux et puis enfin, ça devient la normalité. C’est long, mais c’est ainsi et ma force est la persévérance. Les Bretons sont têtus, je le suis aussi.
Je reste chercheur avant d’être chef d’entreprise. Hemarina a grossi et je passe aujourd’hui beaucoup de temps sur les aspects administratifs de gestion. Je travaille avec une vingtaine de personnes à Morlaix et six à Noirmoutiers. Nos jeunes collaborateurs viennent essentiellement de formations brestoises et notamment le Master biotechnologies de l’UBO, un cursus très compétitif. Ce qui continue à me faire vibrer, c’est l’innovation, la recherche et le sourire retrouvé par les patients ! Nous continuons à publier énormément d'articles, à communiquer dans des congrès internationaux. Nous avons énormément de collaborations scientifiques à travers le monde et ça me réjouit. Ça prouve que la recherche existe aussi dans le secteur privé !
Paris, c’est fini
On me demande parfois : « Comment avez-vous réussi à monter une boîte de biotechnologie à Morlaix ? » Mais à Morlaix, c’est comme ailleurs, on a Internet et le téléphone et même un TGV (qui pourrait quand même aller un peu plus vite - rire-) ! Ça suffit pour communiquer avec le monde. Et il était logique de créer mon projet là où je voulais vivre ! Hemarina à Paris aurait été noyée dans la masse, alors qu'à Morlaix nous sommes aidés et bien identifiés !
La péninsularité peut gêner car elle engendre beaucoup de déplacements vers la capitale. Mais aujourd’hui, grâce aux visioconférences, je me déplace moins. Gamin, je disais que jamais je ne pourrai vivre ailleurs qu’à Paris et aujourd’hui je n’y retournerai pour rien au monde ! Quand j’y suis, ce qui me manque le plus c’est l’horizon que l’on ne perd jamais de vue ici et l'odeur iodée de la mer.
Un enseignement de qualité
Ici, on a un cadre de vie magnifique, un réseau d’amis solide et fidèle, le bleu de la mer, le vert des champs et jardins, une maison qui a vu grandir nos enfants ! On habite aux abords du centre-ville. On va au marché le samedi. J’adore la plage de St Jean-du-Doigt qui abrite une belle population de buzuks, ses couleurs glaz, vert, bleu, gris. Après, je passe trop de temps au travail au détriment des loisirs, mais c'est mon coté workaholic.
Mes enfants et mon épouse (strasbourgeoise) se sentent vraiment morlaisiens. Mon fils aîné est à Sciences Po Paris, le cadet en prépa à Janson De Sailly et ma "petite" dernière au Lycée Notre Dame du Mur. On nous disait qu’on ne pouvait pas faire de grandes études en passant par les écoles ici. C’est faux ! Il y a une super qualité d’enseignement ! Le seul regret, c’est que pour poursuivre des études, il faut souvent partir. Mais c’est bien d’aller voir ailleurs quand on est jeunes ! Et on revient toujours....
Même si mes journées se passent à régler des problèmes face à l'inertie d'un système que j'ai de plus en plus de mal à comprendre et à accepter, j’ai le sentiment d’avoir créé ma vie idéale dans un cadre de vie idéal. Hemarina, ça continuera après moi, il y en a encore pour des générations de boulot !
Mais le temps est compté, alors je vais focaliser mon énergie pour faire de cette technologie une innovation mondiale, n'en déplaise aux esprits chagrins.
Une seule phrase pour conclure ?
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait " Mark Twain