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Zag, le Morlaix Arts Tour
Zag, coordinateur du Morlaix Arts Tour
En 2012, Zag se fait remarquer en réalisant une œuvre qui se fera connaître bien au-delà de Morlaix, sur le Net, à la télévision et dans la presse. Cette représentation d’une femme en costume breton fait mouche. Sa tenue de deuil semble indiquer la fin d’un temps, peut-être celui de l’activité industrielle de tabac. L’œuvre dialogue avec le lieu.
L’auteur ne le sait peut-être pas encore, mais cette fresque constitue le début d’une folle aventure : le Morlaix Arts Tour.
L’art de peindre sur les contremarches d’un escalier
Mais au fait, c’est quoi le Morlaix Arts Tour ?
Évidemment, le nom du festival évoque la création artistique, mais le champ de l’art est tellement vaste qu’il est difficile de bien saisir la nature de l’événement en évoquant juste son nom. Et c’est d’ailleurs peut-être volontaire : ce léger mystère interroge, suscite la curiosité.
Après l’immense succès de cette peinture à la bombe, sorte d’hommage aux ouvrières de la Manu — principalement des femmes —, Zag imagine investir la ville avec d’autres créations : il a un réseau de dingue et l’envie de faire venir, ici à Morlaix, les grands noms du graf parisien.
Les collègues de la capitale sont enthousiastes, fin prêts à venir investir les murs d’une ville de taille moyenne. C’est l’occasion rêvée de faire connaître un art plutôt méconnu jusque-là en Bretagne : "Tout se passait à Paris, quel dommage de ne pas pouvoir partager ce mouvement artistique majeur chez nous ! » explique Zag. “La complexité architecturale de Morlaix se prêtait complètement à une déambulation artistique, j’entrevoyais déjà les surfaces à peindre, l’envie était là, il n’y avait plus qu’à bosser !"
Un support éphémère
En 2016, Zag ébauche ses premières recherches. Il se tourne vers une société de supports plastiques spécialisée dans le support à peindre : « L’idée au début, c’était de pouvoir investir n’importe quel lieu, qu’il soit classé ou non. La bâche plastique semblait être une bonne alternative. Elle était sensée adhérer durablement aux façades, elle avait aussi l’avantage de pouvoir être retirée facilement, donc, elle ne pouvait pas faire polémique, et au début on avait besoin de ça pour démarrer en douceur » précise Zag.
Désireux de gagner en liberté d’expression, il cherche aussi à faire connaître de plus en plus d’artistes aux habitants de la ville comme aux visiteurs. L’idée d’un festival fait son chemin, Zag souhaite l’organiser annuellement en invitant chaque été de nouveaux talents.
La naissance du Morlaix Arts Tour
En 2019, le paysage urbain se transforme au rythme des aérosols. La couleur s’invite sur les murs de la ville.
À ce moment-là, on peint sur de la bâche plastique : une horde d’animaux et de personnages imaginaires s’invite dans les rues. Les artistes découvrent la liberté totale de leur expression, le public peut les regarder travailler : « Quand je recrute un artiste, il est toujours surpris de constater qu’il est totalement libre de représenter ce qu’il veut, avec les outils et les techniques qu’il souhaite. C’est un truc vital pour moi, c’est même le point le plus important du festival. L’art ne devrait jamais être censuré, même de manière infime, parce que l’art, c’est synonyme de liberté. Ces œuvres doivent sortir des tripes de leurs créateurs. Demander une maquette préalable est pour moi un non-sens total ! » explique Zag.
À l’issue de cette première année introductive, Zag constate que le support plastique n’est pas vraiment adapté. Des œuvres ont été dégradées, d’autres se son décollées. Le résultat n’est pas satisfaisant, trop dépendant d’un produit pas assez fiable et par conséquent trop éphémère. C’est le temps de la réflexion.
2020, le virage : durabilité, pérennité, maîtres mots du festival
En 2020, plus de support plastique, il s’agit de peindre directement sur les surfaces. Le succès grandit.
L’année suivante, le concept s’élargit aux communes voisines, la demande se fait de plus en plus vive. Les maires comprennent l’ampleur du festival, et les atouts qu’il peut représenter pour leur commune : « Pour les villes et villages alentours, faire partie de la boucle du Morlaix Art Tour, c’est forcément intéressant : les visiteurs sont complètement enthousiastes à découvrir les œuvres de Morlaix et ils sont prêts à aller plus loin pour n’en louper aucune ! » ajoute Zag. Sept nouvelles fresques s’invitent à la fête.
Et cette vision d’élargissement aux communes du territoire porte ses fruits : à Plougasnou, la fresque de Leon Keer « Kit de secours » se voit récompensée par le Golden Street Art 2021. La renommée est faite.
L’art pour découvrir le patrimoine
En 2022, Morlaix accueille sept artistes, dix autres sur les villes voisines. Le succès est grandissant. La nouveauté, c’est d’avoir osé investir le Château du Taureau : « Devant l’augmentation des demandes d’infos sur le Morlaix Art Tour en office de tourisme, on a trouvé dommage de ne pas y associer des points forts du patrimoine. On a proposé à Leon Keer de peindre au château du Taureau. Il a réalisé une fresque au sol qui est carrément bluffante » conclut Zag.
Que nous prépare-t-il pour la session 2023 ? On a hâte de le découvrir !